« Une lettre dans la boîte, ce moment fragile que l’histoire oubliera dans l’éparpillement des heures j’ai rêvé de mots que l’on glissait comme des passerelles entre nos vies »

Hélène Dorion (Ed Le Noroît- le Dé Bleu)

Argument

Le chapitre 1, intitulé  » De la trace à la lettre « , en mai 1997
nous avait permis de débattre de cette assertion :

 » L’écriture n’est jamais qu’écriture d’une parole »

Le statut de la trace avait été interrogé, à travers  » l’écriture de sable des indiens Navajos « , ou à partir de la clinique psychanalytique auprès de patients atteints de troubles psychosomatiques.

Nous avions aussi abordé la problématique de « l’avant-texte » dans son rapport au texte, avec le travail des ateliers d’écriture,  » Papier de Soi  » et  » Voyages en Lectures « .

Enfin, à partir du Witz, nous avions soulevé la question du passage de la  » scription  » à  » l’inscription  » et de la place du  » bon entendeur » comme de celle du lecteur.

 » Un texte littéraire, écrivions-nous en mai 1997, ne se réduit pas à l’univers de la signification. Il est un lieu, pour l’auteur et pour le lecteur, il a partie liée avec le temps et avec la perte « .

1998 – 70 pages – 8€

Les Correspondances seraient-elles ces lieux de passage entre le Witz, ce  » morceau de littérature  » orale dont parlait André Bolzinger en 1997, et  » l’ouvrage » qui pourrait faire  » Œuvre « ?
« Correspondere  » signifiait en latin médiéval  » harmoniser « , puis  » rendre compte « , dans le sens de  » payer en retour « . Ecrire, et d’abord, écrire à un autre, serait donc lié à la dette, dette symbolique dont nul ne peut prétendre pouvoir s’acquitter un jour.

D’où peut-être aussi la nécessité, pour certains sujets, de s inscrire dans une œuvre littéraire?

Demeure aussi cette question : Au regard du temps, qu’est-ce qui signe la pérennité d’un ouvrage pour qu’il fasse  » œuvre « , et non comme attestant d’une époque, voir d’une mode?

« La Création, passage obligé ?  » était le thème d’un colloque du Point de Capiton en 1992. Un passage obligé impose que le sujet s’y risque. Tel est sans doute le point commun entre l’écriture créatrice et la psychanalyse: qu’il faille s’y risquer.

Programme

Simone Molina :
 » De la correspondance à l’oeuvre « 

Anne-Rozenn Jolivet :
 » Lou-Andreas Salomé: Une lecture de sa vie « .
« Lou a cinquante ans en 1912 quand elle vient à la psychanalyse. Elle a déjà rencontré Rilke et Nietzsche. « 
« L’étude de la psychanalyse me hante sans cesse et plus je m’y plonge, plus elle me retient  » écrit-elle à Freud après le congrès de Weimar en 1912. Sa vie, riche de rencontres religieuses, philosophiques, poétiques, font de cette femme une exception dans la psychanalyse, aux sources d’une réflexion encore peu exploitée. En position de  » disciple « , elle garde une grande liberté de pensée, sans jamais aller jusqu’à la rupture. Elle nous laisse une correspondance avec Freud, une « lettre ouverte à Freud » et des textes théoriques. « 

Olympia Alberti :
 » Epistolarité et création « :
 » La lettre comme substrat au tissu romanesque rilkéen, ou la tentative de libération, par une écriture, de l’émotion qui deviendra, dans l’acte créateur, une écriture de la distance, de la maîtrise et du don . »

André Bolzinger .
 » On enfile des perles »:
« La correspondance Perec-Lederer (Flammarion 1997), ouvre une lucarne sur la pratique du calembour et de la contrepèterie qui soutient l’écriture de Georges Perec, en particulier dans  » Je me souviens » (Hachette 1978) et dans « Væux » (Seuil 1989). « 

RenéPandelon :
 » G. Perec et l’autobiographie « 
« Le projet d’écrire mon histoire s’est formé presqu’en même temps que mon projet d’écrire W »
 » Cette affirmation de G.Perec situe le projet autobiographique au cæur de son æuvre, dans son temps initial comme dans son ambition ultime. Mais ce qui va le singulariser c’est qu’il est en réalité l’Arlésienne.
Car il ne s’agit pas pour Perec de raconter son histoire, mais bien de tenter de dire l’indicible, de cerner cette faille laissée en lui par « la grande hache de l’Histoire « . Indicible qui échappe à l’écriture, mais que l’écriture a le pouvoir de désigner, d’inscrire (au moins en creux).
Ce travail de « scrivant  » que Perec accomplit selon des modalités diverses, est une tentative pathétique et désespérée, mais génératrice d’une æuvre singulière et poétique. »

Claude Maillard, Michèle Jung et Simone Molina :
 » Le Scribe » en ses voix de transfert  » :
« Plis sur plis en avancée d’écriture,  » Le Scribe  » pose par ses lectures plurielles plusieurs formes unformelles naissantes de correspondance singulière, jouxtant le transmissible entre psychanalystes.
« La notion de public s’en trouve différenciée et nécessairement inquiétée. (Claude Maillard) « 
(Ce texte est sous copyright de C Maillard, et n’est donc pas diffusé sur ce site et sur les actes)

Monique Klepal :
 » Correspondances d’Artistes »:
« Six artistes, peintres et sculpteurs, ont accepté de réaliser ensemble un numéro spécial du journal
 » La Fabrique « , édité par « L’Art et la Manière » sur le thème  » Correspondances « .
 » Chaque artiste avait déjà été le  » rédacteur en chef » des six premiers numéros sur un thème proposé par l’éditeur. « 
 » A travers le cheminement de leurs correspondances, nous verrons comment ces artistes arrivent in fine, à leur manière, à traiter ce thème, ou du moins à réaliser cette édition et ce qu’ils nous renvoient de la notion de  » correspondance « , nous permettant de porter un certain regard sur celle de Freud et de Ferenczi. »