» La chair est écriture, et l’écriture n’est jamais lue : elle est toujours encore à lire, à étudier, à chercher, à inventer « 

Hélène Cixous (La venue à l’écriture)

Argument

L’origine étymologique du mot  » Ecriture  » (XIème s) renvoie à la matérialité originelle de la plupart des écritures : gravées sur pierre ou incisées. Le mot se rapporte au geste lui-même qui consiste à tracer des caractères. Vers 1250, il signifie  » Inscrire d’une manière durable « .
Quant au mot  » Inscrire « , il n’apparaît qu’au XIIIème siècle avec un sens précis de  » noter des noms sur un registre « ,plus particulièrement en terme juridique. En géométrie il signifie, au XVIIème siècle:  » Tracer une figure à l’intérieur d’une autre figure « .
On voit là combien l’inscription renvoie au premier chef à la nomination, et à la transmission .
D’où notre question : Quel est le statut de l’écriture au regard de l’inscription d’un sujet dans le langage ?

1997 – 78 pages – 8€

Les théories courantes sur l’écriture partent d’un double postulat :

  1. Le langage est un système d’expression comme un autre (gestes ou usage des tambours, par ex)
  2. L’écriture n’est pas, en principe, liée au langage. Contestant ces théories qui ne font de l’écriture  » qu’une représentation visuelle et durable du langage « , le psychanalyste Moustapha Safouan, écrit dans son ouvrage  » l’inconscient et son scribe  » :  » L’écriture n’est jamais qu’écriture d’une parole « .

Il apparaît donc que, pour la psychanalyse, les paroles sont à lire, tout autant que les écrits sont à entendre. Entre visible et audible, entre la voix qui fait entendre l’écrit, et l’écriture qui est nécessaire à un repérage des homophonies dans le texte lu, la lettre permet une transmission qui conserve sa part d’énigme. Au delà des sens multiples d’un texte, il s’agit aussi d’interroger la logique qui préside à la production de ce texte.
Car le langage est sens et non-sens tout à la fois. C’est ce à quoi s’est attelé Freud lorsqu’il entreprend l’étude du rêve dont il dit, dans son ouvrage  » L’interprétation des rêves  » que le rêve est à considérer comme un rébus. Le rêve est cette écriture qui vient d’ailleurs, de cette  » Autre scène « 

De même qu’il existe un  » ombilic du rêve « , ou qu’une psychanalyse ne se réduit pas au  » roman familial « , un texte littéraire ne se réduit pas à l’univers de la signification.
Il est un lieu, autre que celui où se déroule la vie du  » scribe « , faite des relations qu’il entretient avec ses semblables. II est un lieu, pour l’auteur, ,et pour le lecteur. Il a partie liée avec le temps et avec la perte.

Simone Molina

Sommaire

Introduction par Simone Molina

Joëlle Fatticcioni :
 » L’écriture de sable des indiens Navajos « 
 » Par ces traces de sable posé, apprises et répétées maintes fois au cours d’innombrables générations, c’est toute l’essence de la nation du Dineh qui se transmet à travers les âges.
Écritures éphémères et pourtant toujours vivantes.
Écriture, promesse d’une inscription, ou bien, -et aussi- écriture, promesse d’une transmission ? C’est peut-être parce qu’il y a promesse de transmission que la trace de sable suffit; Témoignage d’un solide ancrage identitaire. »

Régine Tetrel « L’œuvre comme objet totémique »et les animateurs de l’atelier  » Papiers de Soi « :
 » D’un côté, il y a l’oeuvre, telle qu’elle est donnée à lire à l’autre, le texte est clos, nu, sans protection. De l’autre il y a l’avant-texte, avec ses ratures, ses erreurs, ses hésitations, ses rajouts. C’ est le brouillon..
Doit-on respecter ce qui, dans l’oeuvre, doit rester caché, puisque de l’ordre de l’intime, et non donné à voir par son auteur ? L’herméneutique doit-elle affronter la génétique littéraire? Ces réflexions d’un ordre général s’appliquent-elles aux textes écrits dans notre atelier d’écriture  » Papier de Soi « , par des écrivants en expression de souffrance? « 

Francine Barois :  » Brouillon  »

Martine Delille:  » Les yeux sur le brouillon « 

Marie-Françoise Metras dira comment elle a écrit un texte intitulé
 » Après la nuit, je reverrai le jour « , avec l’aide de Serge Roux, animateur de l’atelier d’écriture  » Voyage en Lecture « .
Ecrit à partir de ses  » carnets de thérapie « , thérapie commencée pour échapper à l’alcoolisme, ce texte témoigne  » de son désir d’aider les personnes alcooliques et de celui du plaisir d’écrire : Apprendre, partager, créer, sont les trois mots qui rendent compte du travail d’écriture avec Serge Roux « .

Vincent Mazeran et Silvana O lindoWeber :
 » Le corps lésé, comme écriture d’une parole imprésentable « 
 » D’un corps à corps initial avec la mort psychique, la langue originaire garde des traces incorporées. Dès lors, chaque deuil, chaque peur, court le risque de s’y frayer un rappel mortifère, à moins que la stratégie du moindre mal ne vienne établir la maladie, l’acte répétitif, la fuite en avant, comme mesure de sauvegarde paradoxale »

André Bolsinger :
 » Le Witz comme modèle d’écriture narrative « 
 » Le mot d’esprit (Witz) se présente comme une petite histoire, un récit miniaturisé et exemplaire, peut-être un prototype pour toute forme d’écriture narrative : Récit de cure ou récit autobiographique. « 

Simone Molina :
 » L’écriture, promesse d’une inscription «