Qu’est-ce qu’un étranger? Celui qui te fait croire que tu es chez toi.

Edmond Jabes

Argument

Le Point de Capiton est né en 1989 d’un constat que nous souhaitons à nouveau interroger et mettre en débat, après deux années d’interruption des rencontres publiques.
Le sectarisme de la pensée entraîne la constitution d’un savoir clos sur lui-même dont les codes langagiers deviennent les insignes d’une appartenance à un groupe qui s’appuie sur ce savoir pour perdurer;
Quant à la  » passion de l’ignorance  » (J. Lacan), elle met à l’œuvre la pulsion, laquelle ne peut être reconnue par un sujet que sous la forme d’un représentant. Celui-ci, dans le rapport du sujet au social, peut prendre les traits de l’autre à exclure.
Ce qui, pour la psychanalyse, se manifeste du pulsionnel pour chaque sujet pris dans le lien social que constitue le langage, est considéré dans la perspective des théories leurrantes de « la communication planétaire », comme « dysfonctionnement « . Or le pulsionnel renvoie à la question du désir, qui n’est pas un objet d’échange, comme le laisseraient entendre ces théories. Le désir manifeste une vérité du sujet, laquelle, lorsqu’elle ne peut s’énoncer, fait retour, parfois de façon mortifère.
La notion de pluralité des langages nous a paru être une des voies pour interroger la  » singularité de la parole « ,forcément prise dans un discours qui la soutient tout en la masquant:
En effet, c’est en ce point où le sujet doit faire cet effort pour envisager les conditions d’un dévoilement possible d’une parole singulière, que se situe sans doute la fonction de l’écoute de l’analyste, et également celle de la création artistique.

C’est de ce point d’effort que nous tenterons de rendre compte:
d’une part en questionnant le dogme comme antithèse de la parole, et à ses confins, l’idéologie de l’extrême-droite sous son aspect particulier de la violence sémantique, d’autre part en apportant témoignage quant à la créativité: Ateliers d’écriture, d’improvisation théâtrale, langage pictural, écriture cinématographique, parole du poète qui attestent qu’il n’y a pas de sens « en soi « , qu’il n’y a de sens que de  » sens métaphorique « .
C’est la raison pour laquelle le sujet qui s’engage dans ce que J.Lacan a nommé le « Moulin à Paroles « , fait entendre bien plus long qu’il ne compte en dire. Il peut s’en étonner lui-même, acceptant par là le manque dans le procès de son propre désir.
Mais c’est aussi en ce point de rejet de l’inconscient et de déni de la division structurale de l’humain, que doit se situer notre questionnement sur l’idéologie érigée en certitude, laquelle voudrait apporter à la mélancolie contemporaine, sorte de lâcheté de la pensée, une réponse qui serait son envers : la haine.

1996 – 50 pages – 8€

Il n’y a pas que la mémoire.
Il y a ces réminiscences,
de ce que l’on n’a pas vécu,
qui nous viennent d’on ne sait où:

Aujourd’hui, c’est l’oeil du requin,
C’est la myopie de l’horizon.

Simone Molina

Sommaire

Francine Beddock :  » Destinées Arbitraires »

 » Le Malaise dans la civilisation est un fait de structure, les formes sacrificielles soumises à l’Autre absolu produisent la Barbarie. C’est par ce biais que sera abordée la question de ces destinées arbitraires pour lesquelles le destin, conjugué sur le mode « c’est écrit pour toujours », n’est autre que la figure féroce de la malédiction où le sujet reste la victime ne pouvant surmonter l’état passif dans lequel le plonge le traumatisme ».

Simone Molina :  » Je suis semblable à celui qu’en le reconnaissant comme homme, je fonde à me reconnaître comme tel »

« La production de dogmes est inhérente à toute institution humaine Mais alors que le dogmatisme est un déni de la parole subjective, lorsqu’il est conjugué avec le politique, il peut voiler une mise à mal de la loi symbolique, celle qui indique qu’une loi commune existe dont nul ne peut être le créateur mais dont chaque être est porteur et qu’il pourrait énoncer ainsi: « Je suis semblable à celui qu’en le reconnaissant comme homme, je fonde à me reconnaître comme tel  » (J.Lacan)

Hélène Brogniart, Christian Lucciani, et Chantal Delmas :  » Expérience de théatre d’improvisation de jeunes aux pratiques culturelles différentes « 

« Une expérience de théâtre d’improvisation menée par deux équipes de jeunes aux pratiques culturelles différentes : Un groupe de lycéens amateurs, participant à l’activité théâtre de la MJC d’Apt, et habitant Apt ou les villages alentours, et un groupe de jeunes fréquentant le centre social d’Apt, et qui vivent dans les quartiers HLM où habitent des familles provenant du pourtour méditerranéen. »

René Pandelon : » Psychose, Style, Suppléance »

« Seront abordées les questions de la construction, création et du style chez le psychotique, à partir de l’expérience d’un atelier d’arts plastiques offrant aux patients un lieu de création : l’atelier Marie Laurencin dans le Service de René Pandelon au CH de Montfavet. »

Véronique De Mesmay -Thepot témoignera d’un travail de dix ans d’un atelier d’écriture individuelle et collective auprès de malades alcooliques. (Méthodologie et intérêt thérapeutique -CAP 14). Puis elle évoquera la question de la créativité comme support thérapeutique et son prolongement culturel dans un cadre associatif: l’ACERMA.


Omar Lekloum commentera son film: « Rachid Boudjedra – Itinéraire d’un écrivain « 
Il ouvrira le débat sur la question du langage cinématographique.

Des ponctuations impromptues nous seront offertes par Pierre Hely tout au long de cette journée.

Discutants pour la journée: O. Chabre, P. Hely, Y Ronchi,
M. Th Santini,