{"id":1587,"date":"2016-01-10T14:54:33","date_gmt":"2016-01-10T13:54:33","guid":{"rendered":"https:\/\/le-point-de-capiton.net\/?p=1587"},"modified":"2020-02-10T16:01:28","modified_gmt":"2020-02-10T15:01:28","slug":"grandir-sans-patrie-lucia-ibanez-marquez-psychanalyste-janvier-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/le-point-de-capiton.net\/index.php\/2016\/01\/10\/grandir-sans-patrie-lucia-ibanez-marquez-psychanalyste-janvier-2016\/","title":{"rendered":"Grandir sans patrie. Lucia Ibanez Marquez, psychanalyste- janvier 2016"},"content":{"rendered":"\n<p>Par <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/les-invites-de-mediapart\">Les invit\u00e9s de Mediapart<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9dition : <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/decheance-de-nationalite-pour-qui-pour-quoi\">D\u00e9ch\u00e9ance de nationalit\u00e9 : pour qui? Pour quoi?<\/a>\nSelon Luc\u00eda Ib\u00e1\u00f1ez, psychanalyste, \u00abIl y a des droits qui ne devraient poser question \u00e0 personne, comme une \u00e9vidence limpide de ce qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 se doit d\u2019offrir \u00e0 ses enfants (&#8230;). L\u2019inscription d\u2019un enfant au droit social par l\u2019attribution de la nationalit\u00e9 pourrait \u00eatre une des conditions fondamentales pour grandir subjectivement, mais aussi pour grandir \u00e0 plusieurs en soci\u00e9t\u00e9\u00bb.\n&nbsp;\n<\/p>\n\n\n\n<p>Notre soci\u00e9t\u00e9 s\u2019appr\u00eate \u00e0 l\u2019initiative du gouvernement \u00e0 inscrire dans la constitution une diff\u00e9rence de traitement, bas\u00e9e sur la filiation, pour des personnes condamn\u00e9es pour acte de terrorisme. Le projet de r\u00e9vision constitutionnelle envisage la d\u00e9ch\u00e9ance de la nationalit\u00e9 des binationaux, c&rsquo;est-\u00e0-dire des fran\u00e7ais disposant d\u2019une autre nationalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs voix se sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9lev\u00e9es pour d\u00e9noncer l\u2019aberration et le danger que cette proposition gouvernementale pourrait inscrire au sein de notre constitution en vidant de son sens la devise fondatrice&nbsp; d\u2019\u00e9galit\u00e9&nbsp;qui stipule un droit \u00e9galitaire pour tous les fran\u00e7ais. Si cette mesure est adopt\u00e9e, un fran\u00e7ais condamn\u00e9 pour terrorisme sera d\u00e9chu de sa nationalit\u00e9 fran\u00e7aise et sera expuls\u00e9 du pays. Mais tous les autres, condamn\u00e9s pour les m\u00eames actes de terrorisme, nomm\u00e9s abusivement fran\u00e7ais de souche, et qui ne sont pas en nombre moindre, d\u2019apr\u00e8s les statistiques, resteront dans le pays et garderont leur nationalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement reconna\u00eet que cette mesure&nbsp;n\u2019aura pas d\u2019incidence sur la lutte contre le terrorisme, mais qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un message symbolique.&nbsp;Mais ce message symbolique n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 formul\u00e9, quel est-il et \u00e0 qui s\u2019adresse t-il ?<\/p>\n\n\n\n<p>A une soci\u00e9t\u00e9 apeur\u00e9e et \u00e9mue marqu\u00e9e par le deuil et la violence&nbsp;? A notre jeunesse&nbsp;? Avec quelle perspective&nbsp;ou celle de la d\u00e9sagr\u00e9ger davantage&nbsp;? A nos enfants&nbsp;? Comment soutenir devant leurs interrogations que d\u00e9sormais notre soci\u00e9t\u00e9 fera une distinction, par la punition, entre des Fran\u00e7ais qui ont un p\u00e8re ou une m\u00e8re d\u2019une autre nationalit\u00e9 ? Quel enfant pourrait comprendre une telle in\u00e9galit\u00e9 de la justice&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est attendu, \u00e9tant donn\u00e9 le contexte, que le gouvernement propose des mesures s\u00e9curitaires, il est incompr\u00e9hensible qu\u2019il ne propose pas \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 les moyens pour penser les questions de fond soulev\u00e9es par la radicalisation et permettre d\u2019\u00e9laborer des mesures qui nous aident, avec la participation de tous les citoyens, \u00e0 soigner nos blessures et \u00e0 d\u00e9passer nos difficult\u00e9s ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est de notre responsabilit\u00e9 de penser aux cons\u00e9quences d\u2019une telle mesure instaur\u00e9e comme in\u00e9galit\u00e9 constitutionnelle. Tout d\u2019abord, elle permettra l\u2019expulsion du condamn\u00e9 dans le pays de parents ou de grands parents o\u00f9 il n\u2019a pas grandi. Mais pourquoi irait-il dans un pays qui lui est \u00e9tranger alors qu\u2019une des terres du \u00ab\u00a0califat\u00a0\u00bb pourrait l\u2019accueillir, avec encore plus de facilit\u00e9 dans son programme de d\u00e9subjectivation, tout en l\u2019aidant \u00e0 nourrir&nbsp; la haine pour le pays de sa naissance qui l\u2019aura expuls\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 qui refuse d\u2019interroger ce qu\u2019elle engendre, encourt \u00e0 fortiori le risque que cela lui fasse retour, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019insistance du gouvernement \u00e0 faire voter une telle mesure est d\u2019autant plus incompr\u00e9hensible qu\u2019il est impossible de supposer qu\u2019elle provienne de son ignorance sur la complexit\u00e9 du probl\u00e8me auquel il dit vouloir s\u2019attaquer. Au lendemain de l\u2019attentat sur Charlie, le gouvernement commandait \u00e0 Malek Boutih, d\u00e9put\u00e9 de l\u2019Essonne, une \u00e9tude approfondie sur \u00ab&nbsp;<em>L&rsquo;analyse et la pr\u00e9vention des ph\u00e9nom\u00e8nes de radicalisation et du djihadisme en particulier<\/em>&nbsp;\u00bb. Mr. Boutih a rendu son rapport fin juin 2015. Cette \u00e9tude rigoureuse qui porte le titre: \u00ab&nbsp;G\u00e9n\u00e9ration radicale&nbsp;\u00bb a sollicit\u00e9 la participation des hommes et des femmes de terrain du milieu socio-\u00e9ducatif et p\u00e9nitentiaire travaillant avec des enfants et des jeunes. Ce document m\u00e9riterait de &nbsp;devenir une base de travail s\u00e9rieuse pour l\u2019\u00e9laboration des propositions &nbsp;qui pourraient r\u00e9pondre aux difficult\u00e9s soulev\u00e9es. A l\u2019inverse, ce document semble \u00eatre rest\u00e9 dans un tiroir sans que le gouvernement s\u2019en soit servi au moins, pour offrir largement \u00e0 la population l\u2019information richissime qu\u2019il contient et qui aiderait chaque citoyen et chaque citoyenne \u00e0 prendre conscience de la complexit\u00e9 de la question de la radicalisation qui s\u2019\u00e9tend dans notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport fait le portrait \u00ab&nbsp;<em>d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration au bord de la rupture&nbsp;\u00bb <\/em>qui trouve dans l\u2019offre djihadiste une r\u00e9ponse, certes illusoire et mortif\u00e8re, au d\u00e9sespoir subjectif de jeunes fragilis\u00e9s et en rupture avec la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle ils vivent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne touche toutes les cat\u00e9gories sociales. Certes il y a les jeunes marginalis\u00e9s habitants des banlieues mais il a aussi tous ces autres jeunes appartenant \u00e0 des classes moyennes ou sup\u00e9rieures. \u00ab&nbsp;<em>On compte une majorit\u00e9 de moins de 25 ans (65%). La tranche d\u2019\u00e2ge des 18-25 ans est la plus concern\u00e9 et s\u2019y ajoute 5% de mineurs<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport s\u2019attarde \u00e0 avertir sur le danger de basculer dans un ph\u00e9nom\u00e8ne de masse \u00e9tant donn\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne et sa p\u00e9n\u00e9tration dans tous les milieux, avec la radicalisation de jeunes \u00e9tudiants et de jeunes filles en particulier&nbsp;<\/em>\u00bb qui constituent, avec des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s,&nbsp; des cibles privil\u00e9gi\u00e9es pour la strat\u00e9gie de recrutement djihadiste. Certaines comp\u00e9tences les int\u00e9ressent davantage&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>infirmi\u00e8res, artificiers, sportifs, ing\u00e9nieurs<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne nous trompons pas, nos jeunes qui basculent dans le terrorisme ne sont pas tous des religieux avec des grands parents maghr\u00e9bins. Ils constituent dans leur diversit\u00e9, notre jeunesse fran\u00e7aise. Ils sont n\u00e9s sur le sol fran\u00e7ais, ils ont grandis sous nos lois, sous nos programmes d\u2019\u00e9ducation, sous nos projets territoriaux, sous nos principes et valeurs culturelles et sur nos choix de soci\u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s par tous et devant lesquels chacun est responsable.<\/p>\n\n\n\n<p>A qui donc voudrions-nous faire porter la responsabilit\u00e9 de nos d\u00e9ceptions et de nos d\u00e9faillances&nbsp;? (1)<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais contribuer au d\u00e9bat actuel sur la question de la nationalit\u00e9 en d\u00e9ployant une probl\u00e9matique soulev\u00e9e par l\u2019application de la r\u00e8gle du droit du sol qui reste largement m\u00e9connue des fran\u00e7ais et qui m\u00e9rite, me semble t-il, de trouver place dans le d\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous avons des jeunes dits binationaux, c\u2019est surtout parce que la France impose aux enfants issus de l\u2019immigration la&nbsp;double nationalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet l\u2019id\u00e9e socialement r\u00e9pandue que chaque enfant n\u00e9 en France m\u00eame de parents \u00e9trangers serait automatiquement Fran\u00e7ais gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019application du droit du sol, n\u2019est pas juste. Il n\u2019y a pas d\u2019affectation imm\u00e9diate de ce droit et de ce fait les parents sont contraints de donner leur propre nationalit\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant. Je vais m\u2019employer dans les lignes qui suivent \u00e0 d\u00e9ployer cette affirmation et la probl\u00e9matique qu\u2019elle soul\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que dit la r\u00e8gle du droit du sol<\/strong><strong>?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le texte en vigueur sur la nationalit\u00e9 diff\u00e9rencie l\u2019attribution de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise de l\u2019acquisition de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attribution est fond\u00e9e sur le droit du sang en reconnaissance de la filiation&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Est fran\u00e7ais l\u2019enfant, dont l\u2019un des parents au moins est fran\u00e7ais au moment de sa naissance&nbsp;<\/em>\u00bb et cela m\u00eame si l\u2019enfant na\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 <em>l\u2019acquisition<\/em>, elle implique une proc\u00e9dure. Il est possible de devenir Fran\u00e7ais, par mariage, par adoption, et par la demande volontaire de naturalisation. Je ne m&rsquo;arr\u00eaterai pas sur ces situations qui n\u2019int\u00e9ressent pas mon propos et je vais reprendre ce que dit la loi plus pr\u00e9cis\u00e9ment quant au <em>droit du sol<\/em> pour les enfants n\u00e9s en France de parents \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Le droit du sol (<em>jus soli<\/em>)&nbsp; a \u00e9t\u00e9 introduit dans le droit fran\u00e7ais en&nbsp;1515 par un arr\u00eat du parlement de Paris qui stipulait : \u00ab&nbsp;<em>est fran\u00e7ais celui qui est n\u00e9 en France, m\u00eame de parents \u00e9trangers, s\u2019il demeure dans le royaume<\/em>.\u00bb (2)<\/p>\n\n\n\n<p>En 1804, le code civil conserve le droit du sol, tout en privil\u00e9giant&nbsp; la filiation du sang. Il appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 l\u2019obligation pour l\u2019individu n\u00e9 d\u2019un \u00e9tranger, de r\u00e9clamer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise dans l\u2019ann\u00e9e suivant sa majorit\u00e9. Ce d\u00e9lai sera supprim\u00e9 par la suite, pour qu\u2019\u00e0 partir de 1851 le droit du sol soit progressivement r\u00e9tabli pour r\u00e9pondre aux besoins croissants de travailleurs ou de soldats en 1889. Il est int\u00e9ressant de remarquer que durant cette p\u00e9riode de pr\u00e9occupation militaire, la facult\u00e9 de r\u00e9pudier la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise avait \u00e9t\u00e9 interdite (3)&nbsp;pour pouvoir assujettir au service militaire les enfants d\u2019\u00e9trangers n\u00e9s en France.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;En <em>1993, la loi n\u00b093-933 du 22 juillet, dite loi Pasqua-M\u00e9haignerie, restreint l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nationalit\u00e9 par le droit du sol pour les jeunes d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re. Pour devenir Fran\u00e7ais, ces derniers doivent d\u00e9sormais, selon les termes de la loi, en manifester clairement la volont\u00e9 entre 16 et 21 ans\u00bb.&nbsp;<\/em>(4)<\/p>\n\n\n\n<p>La l\u00e9gislation actuelle qui date de 1998&nbsp;(loi du 16 mars n\u00ba 98-170), dite loi Guigou, a modifi\u00e9 certaines dispositions de la loi Pasqua, en&nbsp; retirant notamment l&rsquo;obligation pour le mineur de faire une demande officielle de volont\u00e9 pour devenir Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise est d\u00e9clar\u00e9e de plein droit en raison de la naissance et de la r\u00e9sidence, mais octroy\u00e9e sous certaines conditions. Trois possibilit\u00e9s sont envisag\u00e9es&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Lorsque l\u2019enfant a 13 ans, ses parents peuvent la <em>r\u00e9clamer<\/em> pour lui, et avec son consentement.&nbsp; Ils doivent faire une d\u00e9claration,&nbsp; et fournir des documents qui attestent que l\u2019enfant r\u00e9side en France depuis l\u2019\u00e2ge de 8 ans et pendant une p\u00e9riode cons\u00e9cutive de cinq ans.<\/li><li>D\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de seize ans, le jeune peut <em>r\u00e9clamer<\/em> la nationalit\u00e9 par <em>d\u00e9claration<\/em> et sans l\u2019accord des parents. (Article 21-11 du code civil)<\/li><li>A 18 ans le jeune devient Fran\u00e7ais de plein droit, sauf s\u2019il d\u00e9cline cette possibilit\u00e9. (Article 21-7 du code civil)<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Dans les deux derniers cas, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nationalit\u00e9 reste d\u00e9pendant de deux conditions&nbsp;: le jeune devra prouver 5 ann\u00e9es de r\u00e9sidence cons\u00e9cutives \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge de 11 ans et ne pas avoir \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une peine \u00e9gale ou sup\u00e9rieure \u00e0 six mois d\u2019emprisonnement, non assortie d\u2019une mesure de sursis.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant la loi Guigou, l\u2019enfant n\u2019avait droit \u00e0 aucun document attestant de sa futurenationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Il portait n\u00e9cessairement, comme encore aujourd\u2019hui, la nationalit\u00e9 du p\u00e8re ou de la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 1998 (D\u00e9cret n\u00b0 98-721 du 20 ao\u00fbt) l\u2019enfant a droit \u00e0&nbsp; un Titre d&rsquo;Identit\u00e9 R\u00e9publicain (TIR) pour pouvoir voyager \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et \u00eatre dispens\u00e9 de visa \u00e0 son retour en France. Le TIR est d\u00e9livr\u00e9 sur demande et doit \u00eatre accompagn\u00e9, de toute fa\u00e7on,&nbsp; d\u2019une carte d\u2019identit\u00e9 ou d\u2019un passeport, documents que la France ne peut pas d\u00e9livrer \u00e0 l\u2019enfant, puisqu\u2019il n\u2019est pas assimil\u00e9 encore Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce survol historique de l\u2019\u00e9volution de la loi jusqu\u2019au texte en vigueur, je tiens \u00e0 relever qu\u2019il y a eu une \u00e9poque o\u00f9 le droit du sol s\u2019appliquait d\u00e8s la naissance, pour \u00e9voluer ensuite, en fonction des int\u00e9r\u00eats ou des positions id\u00e9ologiques des partis au pouvoir, vers une exigence de d\u00e9claration de volont\u00e9 ou de r\u00e9clamation souhait\u00e9e d\u2019un droit par le jeune.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019il faut retenir de l\u2019application de la l\u00e9gislation actuelle et qui int\u00e9resse mon questionnement, c\u2019est que durant toute son enfance et jusqu\u2019\u00e0 ses 13, 16 ou 18 ans, l\u2019enfant aura affaire \u00e0 ce statut bizarre d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 potentiellement Fran\u00e7ais. Ceci semble une aberration qui me permet d\u2019affirmer qu\u2019en France le statut d\u2019\u00e9tranger se transmet de p\u00e8re \u00e0 enfant. Cette situation qui cr\u00e9e une sorte d\u2019entre deux est assez probl\u00e9matique. D\u2019abord parce qu\u2019elle n\u2019offre pas \u00e0 l\u2019enfant un point d\u2019appui solide sur lequel s\u2019appuyer pour construire sa propre historialit\u00e9 en la d\u00e9gageant de l\u2019histoire de migration des parents. Et ensuite parce que la d\u00e9finition de la loi semble m\u00e9conna\u00eetre, et donc ne pas tenir compte, des besoins psychiques de l\u2019enfant impliqu\u00e9s dans le processus de construction et de diff\u00e9renciation identitaire et dont le besoin d\u2019appartenance au milieu social qui l\u2019entoure est un point d\u2019ancrage essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, comment ignorer que l\u2019amour pour la patrie et pour la terre germe durant l\u2019enfance&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Et comment esp\u00e9rer d\u2019un jeune adolescent la \u00ab\u00a0d\u00e9claration d\u2019une volont\u00e9\u00a0\u00bb affirm\u00e9e pour devenir membre \u00e0 part enti\u00e8re d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui l\u2019aura consid\u00e9r\u00e9 \u00e9tranger durant toute son enfance en cr\u00e9ant ainsi avec lui un lien teint\u00e9 d\u2019ambig\u00fcit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour avancer dans le d\u00e9veloppement de cette probl\u00e9matique, je dois rappeler bri\u00e8vement les pr\u00e9misses impliqu\u00e9es dans la construction de la subjectivit\u00e9 et de l\u2019espace identitaire o\u00f9 se fabrique et s\u2019organise sans cesse pour quelqu\u2019un,&nbsp;l\u2019appr\u00e9hension de sa r\u00e9alit\u00e9 interne et du monde qui l\u2019entoure.&nbsp;Le petit enfant baigne d\u00e8s sa naissance, et m\u00eame avant, dans les eaux langagi\u00e8res et culturelles des parents. Dans ce lieu familial, il entendra les premiers signes qui lui feront appr\u00e9hender le monde externe avec curiosit\u00e9 et envie, ou bien, avec crainte et m\u00e9fiance.<\/p>\n\n\n\n<p>La construction, par l\u2019enfant, d\u2019un reflet de m\u00eamet\u00e9 (5)&nbsp;identitaire d\u00e9pend de sa rencontre avec l\u2019amour des parents, ce qui passe par la langue et par la mani\u00e8re dont ils ont pris soin de son corps. La langue est le lieu d\u2019ancrage singulier qui signe, en m\u00eame temps, l\u2019ancrage dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019\u00e9cole, l\u2019enfant aura l\u2019opportunit\u00e9 de rencontrer d\u2019autres enfants, et pour certains, elle sera le lieu de rencontre avec une autre langue, la langue sociale qui lui permettra d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un monde bien plus grand que celui de la famille. L\u2019\u00e9cole est aussi le lieu o\u00f9, par les jeux de miroir que facilite la langue, les enfants approchent avec conscience les marques de leurs diff\u00e9rences. La curiosit\u00e9 pour l\u2019autre semblable les am\u00e8ne \u00e0 se comparer et \u00e0 se mesurer, ce qui est \u00e9videmment structurant. C\u2019est la langue qui fera lien, un lieu d\u2019habitation commun, m\u00eame si&nbsp; chacun l\u2019habitera \u00e0 sa fa\u00e7on. La langue devient patrie, riche de son pouvoir d\u2019enracinement identitaire \u00e0 une culture. Et lorsque les enfants grandissent dans un bilinguisme culturel, cela est sans doute une richesse mais parfois aussi une confrontation bouleversante et conflictuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour certains d\u2019entre eux, le pays d\u2019origine des parents sera source d\u2019un imaginaire impr\u00e9gn\u00e9 de nostalgie pour la terre perdue et qui sera, d\u2019autant plus id\u00e9alis\u00e9e, que les parents ne reviendront pas au pays natal, mais garderont pr\u00e9sente la perspective r\u00eav\u00e9e d\u2019un retour. Ce rapport ambivalent des parents affecte leur relation avec le nouveau monde social qui les entoure et la fa\u00e7on dont ils vont le pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Une des premi\u00e8res t\u00e2ches psychiques \u00e0 accomplir pour l\u2019enfant sera celle de cr\u00e9er sa propre possibilit\u00e9, (ce qui peut \u00eatre celle d\u2019une cr\u00e9ation symptomatique)&nbsp; pour faire avec la fragilit\u00e9 des parents, pris dans la douleur du d\u00e9racinement et par leurs propres conflits subjectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien pourquoi, \u00e0 partir de sa circonstance familiale, mais aussi pour r\u00e9pondre \u00e0 la pression psychique d\u2019appartenance sociale, l\u2019enfant cherche, dans le meilleur des cas, d\u2019autres lieux d\u2019adresse, des espaces qui lui fournissent d\u2019autres figures d\u2019identification.<\/p>\n\n\n\n<p>La soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 la place de tiers est celle qui peut assurer pour l\u2019enfant une fonction structurante de coupure s\u00e9paratrice que je nommerai la fonction&nbsp; paternelle du social. Cette fonction est porteuse du symbolique par l\u2019\u00e9cart qu\u2019elle peut signifier avec la condition, quelle qu\u2019elle soit, des parents et par la reconnaissance de l\u2019histoire qui serait celle de l\u2019enfant, en lien et en rupture avec celle des parents. Le message symbolique pourrait se traduire ainsi&nbsp;: tu viens d\u2019un p\u00e8re et d\u2019une m\u00e8re (reconnaissance de la filiation ancestrale) mais tu es n\u00e9 parmi d\u2019autres qui t\u2019accueillent dans la terre et la langue que nous parlons.<\/p>\n\n\n\n<p>Si cette fonction fait d\u00e9faut \u00e0 l\u2019enfant, un lien souffrant s\u2019\u00e9tablit entre lui et les pays de son histoire, ceux des parents et le sien, sans vraiment se sentir appartenir ni \u00e0 l\u2019un ni \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le conflit identitaire est terrible&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je ne suis pas de l\u00e0 bas&nbsp;\u00bb<\/em> la terre des parents, mais \u00ab&nbsp;<em>je ne suis pas des v\u00f4tres&nbsp;\u00bb<\/em> non plus.&nbsp;&nbsp;Il reste \u00eatre de nulle part. Mais pour un enfant, \u00eatre de nulle part est fonci\u00e8rement d\u00e9structurant. En manque d\u2019ancrage identitaire \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il est n\u00e9, l\u2019enfant grandit dans sa communaut\u00e9, en marge&nbsp;des autres, portant un vide identitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Et lors du passage adolescent, qui n\u2019est pas lin\u00e9aire,&nbsp;et que d\u2019ailleurs certains n\u2019arriveront \u00e0 traverser qu\u2019en y laissant leur peau, le jeune se trouve dans le besoin structurant de contester la loi des parents pour affirmer, souvent par opposition, son droit \u00e0 la singularit\u00e9. C\u2019est une \u00e9poque \u00e9minemment sensible et fragile o\u00f9 la question de l\u2019origine se repose avec puissance et dangerosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Confus et perdus par le brouillement de miroirs d\u00e9chus ou id\u00e9alis\u00e9s et n\u2019ayant parfois que le d\u00e9sespoir pour survivre, certains jeunes vont chercher un peu de structure en appartenant \u00e0 une communaut\u00e9 sectaire pour suppl\u00e9er \u00e0 leur manque d\u2019assise identitaire. Ils succombent \u00e0 un discours qui fait appel \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance et \u00e0 la soumission, au nom d\u2019un Dieu-Ma\u00eetrequi sait et qui prescrit les commandements pour gu\u00e9rir du mal de vivre. Nous avons \u00e0 nous interroger sur la d\u00e9faillance de certaines r\u00e9ponses soci\u00e9tales qui tombent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019appel que ces jeunes nous adressent.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, l\u2019adolescent qui se vit en marge de la soci\u00e9t\u00e9 trouvera dans le discours ambiant de quoi nourrir un sentiment d\u2019exclusion. Des slogans comme&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00catre Fran\u00e7ais, \u00e7a se m\u00e9rite&nbsp;<\/em>\u00bb, ou \u00ab <em>la carte d\u2019identit\u00e9 n\u2019est pas la carte orange&nbsp;\u00bb <\/em>impr\u00e8gnent la langue du rejet de l\u2019autre sans que cela ne cesse de r\u00e9veiller le d\u00e9mon de la haine. (6)<\/p>\n\n\n\n<p>Toni Gatliff dans son dernier film \u00ab\u00a0Geronimo\u00a0\u00bb, met bien en sc\u00e8ne la probl\u00e9matique du vide identitaire. Il filme des jeunes issus de l\u2019immigration turque et gitane r\u00e9sidant dans une banlieue du sud de la France, entour\u00e9s par le trafic de drogue, pris par la violence et surtout plong\u00e9s dans l\u2019ennui et l\u2019oisivet\u00e9 sans espoir. La troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, les adolescents, sont pr\u00eats \u00e0 mourir et \u00e0 tuer pour sauver l\u2019honneur de la tradition, une tradition qu\u2019ils n\u2019ont connue que par la voix des grands parents. Et alors que les parents&nbsp; avaient tent\u00e9 de s\u2019en d\u00e9gager, elle fait retour, avec plus de puissance, chez les jeunes qui se sont saisis d\u2019elle pour l\u2019\u00e9riger en patrie. Faute de lien solidaire \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 qui ne les reconna\u00eet que dans leur marginalit\u00e9, la tradition exacerb\u00e9e devient pour eux le pater&nbsp;: la patrie des p\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Le malaise subjectif et social des jeunes interpelle la soci\u00e9t\u00e9, par le biais du politique,&nbsp;dans sa capacit\u00e9 \u00e0 garantir, pour eux,&nbsp;sa fonction de tiers social.&nbsp;Notre soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise l\u2019assume en reconnaissant \u00e0 chaque enfant le droit \u00e0 l\u2019\u00e9cole et&nbsp;le droit \u00e0 la sant\u00e9, deux lieux qui lui assurent une inscription et une protection sociale. Mais chaque soci\u00e9t\u00e9 devrait pouvoir assumer la responsabilit\u00e9 d\u2019accueillir tout enfant qui na\u00eet sur sa terre en le reconnaissant comme un sujet social \u00e0 part enti\u00e8re et cela d\u00e8s la naissance. L\u00e9gitimer cette reconnaissance &nbsp;par le droit serait bien un message symbolique de coh\u00e9sion sociale adress\u00e9e \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9. Evidemment cela ne saurait suffire pour prot\u00e9ger les enfants du malaise, il y a bien d\u2019autres circonstances qui y participent,&nbsp;la s\u00e9gr\u00e9gation territoriale, la pauvret\u00e9 et \u00ab&nbsp;l\u2019apartheid scolaire&nbsp;\u00bb (7)&nbsp;qui reproduit les in\u00e9galit\u00e9s et la d\u00e9solidarisation des jeunesses qui grandissent en parall\u00e8le sans perspective sociale \u00e0 construire et \u00e0 partager.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des droits qui ne devraient poser question \u00e0 personne, comme une \u00e9vidence limpide de ce qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 se doit d\u2019offrir \u00e0 ses enfants, les conditions&nbsp; suffisamment bonnespour que chacun puisse devenir citoyen en cultivant la tol\u00e9rance et la curiosit\u00e9 pour l\u2019inconnu. L\u2019inscription d\u2019un enfant au droit social par l\u2019attribution de la nationalit\u00e9 pourrait \u00eatre une des conditions fondamentales pour grandir subjectivement, mais aussi pour grandir \u00e0 plusieurs en soci\u00e9t\u00e9, en&nbsp;cr\u00e9ant du lien qui ne se fonde pas sur la stigmatisation de l\u2019\u00e9tranger,&nbsp;mais qui&nbsp;reconnaisse d\u2019embl\u00e9e la valeur du partage de la vie et de la langue au sein de nos diff\u00e9rences.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mythes originaires construits autour de la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>d\u2019o\u00f9 je viens ? \u00bb&nbsp;<\/em>se fondent sur les liens d\u2019appartenance \u00e0 une famille et \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9. Ceux-ci sont pour l\u2019enfant des points d\u2019ancrage, des bords, pour qu\u2019un jour il puisse les l\u00e2cher et partir pour construire sa propre famille et parvenir \u00e0 se trouver un bout de terre quelque part dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>En adoptant des lois qui cr\u00e9ent des in\u00e9galit\u00e9s, nous nourrissons le rejet et la violence sociale et cela porte \u00e0 cons\u00e9quence sur l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Cela me fait penser \u00e0 une personne qui voulait renvoyer sa fille adopt\u00e9e \u00e0 son pays d\u2019origine, parce qu\u2019elle s\u2019est aper\u00e7ue qu\u2019elle ne r\u00e9pondait pas \u00e0 son id\u00e9al d\u2019enfant qu\u2019elle attendait.<\/p>\n\n\n\n<p>(2) In <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Droit_du_sol\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Droit du sol<\/a>, Wikipedia<\/p>\n\n\n\n<p>(3) Christophe Vimbert, <em>La tradition r\u00e9publicaine en droit publique fran\u00e7ais<\/em>, P.U.R., p34<\/p>\n\n\n\n<p>(4) Melting-post.fr, publication de <em>G\u00e9n\u00e9riques, <\/em>association sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019histoire et la m\u00e9moire de l\u2019immigration, la sauvegarde, la pr\u00e9servation et l\u2019inventaire des archives de l\u2019immigration en France et en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>(5) Fran\u00e7oise Dolto emploi ce terme pour d\u00e9finir le narcissisme comme un lieu o\u00f9 s\u2019entrecroisent les premi\u00e8res relations langagi\u00e8res, l\u2019image inconscient du corps et le d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p>(6) Lors d\u2019un discours \u00e0 Grenoble en 2010,&nbsp;Nicolas Sarkozy avait d\u00e9j\u00e0 diff\u00e9renci\u00e9 les Fran\u00e7ais d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re du reste de la nation et proposait de retirer la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 toute personne d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re qui porterait atteinte \u00e0 la vie d\u2019une personne d\u00e9positaire de l\u2019autorit\u00e9 publique.<\/p>\n\n\n\n<p>(7)&nbsp;\u00ab L\u2019apartheid scolaire, Enqu\u00eate sur la s\u00e9gr\u00e9gation ethnique dans les coll\u00e8ges&nbsp;\u00bb, Seuil, 2005, Titre du livre du Georges Felouzis<em>, <\/em>sociologue, son travail sur les in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u00e9nonce l&rsquo;\u00e9clatement du syst\u00e8me \u00e9ducatif sur une base de s\u00e9gr\u00e9gation ethnique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Les invit\u00e9s de Mediapart \u00c9dition : D\u00e9ch\u00e9ance de nationalit\u00e9 : pour qui? 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